Témoignage lecteur-correcteur et traducteur

Bénédicte qui est lectrice-correctrice et traductrice à bien voulu témoigner pour présenter son métier. Vous pouvez la retrouver sur son site : TSL Langues.

PARCOURS

Linguiste et interprète de formation, j’ai exercé comme interprète pendant 10 ans et en tant que correctrice freelance. J’ai par la suite créé mon entreprise TSL Langues, petite mais dynamique, mettant de côté l’interprétation pour me concentrer sur la traduction (et toujours la correction !)

J’ai choisi cette voie par passion, l’amour des langues joue un rôle évidemment. Je les aime toutes, y compris celles que je ne parle pas mais dont j’apprécie les sonorités.

Je me considère comme travaillant dans l’ombre, une main invisible qui va faire en sorte que les textes que l’on me soumet seront impeccables. Je ne perds jamais de vue que ces textes ne sont pas mes bébés, mais ceux de leurs auteurs et c’est pour cela que j’échange beaucoup avec eux. Question de respect : un texte c’est comme une petite partie de ce qu’est l’auteur, il en a choisi le style et les mots, je me dois de le respecter au maximum.

TRADUCTION (de textes vers le français)

L’interprétation se fait en temps réel, c’est un vrai challenge de jongler entre deux langues en n’ayant qu’une demie seconde pour faire passer le sens d’un propos. C’est très satisfaisant de voir devant soi s’établir le dialogue entre des personnes ne partageant pas la même langue grâce à son apport, mais mon côté rigoureux était frustré de savoir qu’avec un peu plus de temps j’aurai pu produire quelque chose de mieux. J’en suis alors venue à la traduction, qui me permet de réfléchir de façon plus posée au choix des termes et tournures les plus appropriés.

Un traducteur ne traduit que vers sa langue maternelle, car c’est la seule dont il maîtrise absolument toutes les nuances et dont il ressent les codes culturels sous-jacents. Le rendu ne sera jamais aussi fluide et naturel qu’écrit par un natif de la langue. Je ne traduis donc que de l’anglais, de l’italien et de la langue des signes vers le français.

Il est cependant nécessaire de toujours faire relire sa traduction par un collègue traducteur. J’ai choisi comme partenaires des natifs de ces trois langues qui ainsi peuvent vérifier que j’ai bien fait passer la teneur des propos du texte d’origine.

Il est impossible de traduire de tout, ou en tout cas d’assurer des traductions de qualité sur tous les sujets car personne ne maîtrise tous les domaines de spécialité et le vocabulaire correspondant. De ce fait, le traducteur est spécialisé : technique, juridique, médical, etc. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’un traducteur ne possède pas de diplôme de langue étrangère mais un diplôme dans sa spécialité, qui l’aide plus à la compréhension des textes qu’un parfait bilingue n’ayant jamais côtoyé l’univers de l’aéronautique par exemple. Pour ma part, je travaille essentiellement dans les domaines des Lettres, Langues et Sciences Humaines et Sociales, avec une prédominance en Histoire. Mes clients sont issus pour la plupart du monde universitaire (professeurs, doctorants, étudiants de M2).

La traduction implique un gros travail de recherche. En vocabulaire bien sûr mais également en culture générale : on appréhende toujours plus facilement un texte quand en amont on s’est créé un petit bagage de connaissances sur le sujet (par exemple connaître le contexte historique d’une période avant de s’attaquer à un texte traitant d’un événement précis peut prévenir certains contresens). Il est de ce fait bien difficile de jauger le temps que prendra une traduction : une vingtaine de pages sur un sujet que l’on maîtrise prendra bien moins de temps qu’un court texte très spécialisé dont on connait peu de choses. Pour l’anecdote, il m’est arrivé de passer presque une journée entière à chercher l’équivalence d’un terme italien qui s’est avéré faire partie d’un ancien dialecte parlé dans la région de Venise (les joies de faire de la traduction en Histoire, avec ces citations en vieil italien)

Le plus difficile dans la traduction est de trouver le bon équilibre pour fournir un texte « qui sonne juste » en français, et donc parfois éloigné du texte d’origine (si je dois traduire « What’s your name ? », je n’écrirai pas mot à mot « Quel est ton nom ? » mais « Comment t’appelles-tu ? ») tout en respectant le style initial de l’auteur ; Il est important que je prenne en charge le discours pour le rendre correctement dans la langue d’arrivée, aussi bien au niveau du vocabulaire que dans la « façon de dire » du pays, mais également que je reste neutre et que je ne sois pas tentée de réécrire le texte comme j’aurais voulu l’écrire, moi. Une bonne traduction doit se lire naturellement dans la langue d’arrivée et rendre compte du style de l’auteur du texte original. Il ne s’agit pas ici de corriger le texte.

Justement…

RELECTURE/CORRECTION (de textes en français)

De toutes les langues, aussi belles soient-elles, c’est ma langue maternelle, le français, qui reste cependant la plus chère à mon cœur. J’aime la rigueur de ses règles grammaticales, j’aime les défis intellectuels que représentent toutes les exceptions à ces règles, j’aime toutes les nuances, l’éventail des tournures, les différents degrés de niveau de langue et les autres variations qu’elle permet et avec lesquels jouer.

Un lecteur-correcteur n’est pas un écrivain raté qui se venge en critiquant les écrits des autres. Au contraire, c’est quelqu’un qui aime les auteurs et qui va les accompagner pour valoriser leurs œuvres en leur donnant encore plus de hauteur. Meilleurs sont les échanges entre l’auteur et son correcteur, plus les propositions d’amélioration fusent pour aboutir à un texte d’une excellente qualité.

Je ne relis/corrige que des textes en français qui ont donc été rédigés par un auteur français, par un auteur étranger fier d’écrire dans une langue apprise qu’il affectionne ou par un traducteur (si tu as bien suivi, tu sais qu’il a besoin d’une seconde paire d’yeux pour valider son travail).

Je me penche sur tous les aspects d’un texte, quel que soit le type (livre, article, brouillon de présentation orale, thèse, mémoire).

Sur la forme bien sûr : orthographe, grammaire, syntaxe, ponctuation, mise en page, coquilles, répétitions, présentation de citations et notes de bas de page, création d’index, etc.

Mais aussi, quand cela est nécessaire, sur le fond : je vérifie la cohérence du texte, les enchaînements logiques, l’accessibilité du propos par rapport au public cible. Je ne change rien arbitrairement, je signale à l’auteur que telle partie n’est pas compréhensible en l’état, que telle autre me semble bien trop technique pour un ouvrage de vulgarisation, je préviens un doctorant que telle partie devrait se trouver avant telle autre pour une meilleure cohérence. Encore et toujours, les maîtres-mots sont « propositions » et « échanges », et le correcteur n’a pas à se vexer si certaines des modifications sont refusées par l’auteur.

Curieusement, je ne peux pas me vanter d’avoir dans mes écrits un style propre mais c’est précisément une précieuse qualité pour le travail que je fais : je trouve très facile de m’imprégner du style que je corrige pour m’y fondre et adopter le même ton. Mes clients me félicitent souvent pour mes tournures belles et toujours très proches de la parole qu’ils souhaitaient passer. C’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire.

Pour être efficace, il faut savoir lire vite (pour tenir les délais) tout en ayant un œil acéré. Au fil du temps j’ai pris l’habitude de lire « à 2 niveaux » : je lis la phrase entière dans ma tête, pour vérifier sa cohérence, mais mon œil s’attarde sur chaque lettre pour vérifier qu’il n’en manque pas, qu’elles soient correctes et dans le bon ordre. Évidemment, il faut être à l’aise avec le français, ses règles, ses niveaux de langue, être au courant des normes typographiques (qui varient selon les maisons d’édition). Admettre qu’on ne sait pas tout n’est pas un défaut mais une preuve d’honnêteté intellectuelle et une grande capacité de recherche comble vite les lacunes : quand on corrige un texte sur un sujet pointu qui nous est inconnu, en apprendre un peu plus sur le sujet permet de contrôler la logique du texte, ainsi que l’orthographe des termes spécifiques. De la même façon, certaines règles grammaticales restent obscures, voire inexistantes, et il convient alors de chercher des applications concrètes dans d’autres ouvrages ou de chercher l’usage courant en français, sachant que parfois les deux se contredisent (par exemple les dispositions prises par la réforme orthographique de 1990 ont été appliquées dans certains cas mais d’autres n’ont pas pris auprès des locuteurs. Que suivre alors ? la règle ou l’usage ?). Il faut aussi se montrer souple : dans un texte contemporain il faut accepter qu’il y ait écrit « j’veux » par exemple, de même qu’un texte poétique verra l’ordre des mots chamboulé.

BILAN

Pour faire un bilan sur ce que m’apportent ces deux activités, je placerais en première position la stimulation intellectuelle : la recherche de termes spécifiques d’une langue à l’autre me plaît beaucoup, l’apprentissage en continu de mes langues de travail est enrichissant (je découvre encore des tournures dont je n’avais pas idée. Les possibilités linguistiques sont décidément illimitées), la découverte de nouveaux domaines très variés au gré de mes commandes est un régal (en relecture, j’accepte des textes de tous les horizons et en traduction, même si je reste cantonnée à mon domaine de spécialité, les sous-thèmes sont très vastes. Que l’on pense à l’Histoire avec ses différentes périodes, les événements qui se sont déroulés partout dans le monde, l’Histoire du Droit, l’Histoire de la médecine, etc.) et c’est un plaisir plus qu’un travail de réfléchir avec le client ou le collègue traducteur et de toujours surenchérir sur les propositions d’amélioration.

On pourrait imaginer que travaillant de chez moi le contact humain se fait rare. Il n’en est rien. Le contact se fait le plus souvent par mail il est vrai, mais par ce va-et-vient du texte vu, revu et re-revu parfois une dizaine de fois des liens se créent. Certains clients réguliers me donnent de leurs nouvelles, me disent comment les textes sur lesquels nous avons travaillé ensemble ont été accueillis, et je ne suis pas peu fière de dire que la plupart ont connu un réel succès.

Sur un plan plus pratique, le fait de travailler de chez soi est un plus pour concilier vie professionnelle et vie personnelle (même si pouvoir récupérer son enfant malade dans la journée signifie une nuit de travail pour récupérer. Il faut se montrer rigoureux : ce n’est pas parce qu’on travaille à la maison qu’on est en vacances. Il faut savoir se mettre des œillères durant les heures de travail pour ne pas voir le meuble qui a besoin d’être épousseté ou ces vêtements à plier, et garder à l’esprit que « weekend » peut être synonyme de « travail » car les délais et les dates-butoir sont toujours présents à l’esprit.)

Comme pour tout métier, il existe des côtés moins agréables, même s’ils ne concernent pas directement l’activité de correction et de traduction. Deux aspects, inévitables malheureusement, me viennent à l’esprit.

La recherche de clients. Démarcher, se vendre n’est pas ce que je préfère. Il est parfois difficile de faire comprendre ce que l’on peut apporter à l’écrit des gens, ceux-ci s’imaginant que l’on créé un besoin là où il n’y en pas dans le but de faire du bénéfice. Les natifs français pensent que parce qu’ils ont grandi dans la langue il la maîtrisent parfaitement : évidemment à eux, en particulier ceux qui travaillent quotidiennement avec les mots (écrivains, chercheurs), ce n’est pas l’accord de verbes ou les « s » du pluriel qui posent des difficultés (mon travail étant souvent réduit à cette facette par ceux qui le dénigrent), mais je suis d’avis qu’on peut toujours travailler un texte, qu’un autre regard est essentiel et que c’est grâce à cela que l’on peut apporter de l’épaisseur à un écrit. Même ce témoignage, rédigé je l’espère sans fautes, pourrait être encore amélioré, je n’en doute pas une seconde. Les Italiens et les Anglais sont plus réceptifs, pour de la traduction bien sûr mais aussi de la correction car beaucoup sont fiers d’écrire dans une langue qu’ils ont fait l’effort d’apprendre, tout en se rendant compte que certaines subtilités leur échappent encore (d’ailleurs, ils apprécient le fait que je ne me contente pas de corriger, mais que je prends toujours la peine d’expliquer ma correction, leur donner la règle, leur expliquer qu’il s’agit d’une expression figée, etc. De l’échange, encore et toujours). Dans ce cas de figure, c’est se faire connaître à l’étranger qui s’avère ardu et la concurrence déloyale est monnaie courante. Il m’arrive souvent qu’on me demande de relire des traductions réalisées en français par des traducteurs étrangers : aussi compétents qu’ils puissent être, leurs traductions sont bourrées de fautes et sonnent faux à une oreille française. De mon point de vue, c’est un manque de professionnalisme et de respect envers le client que d’accepter de rédiger dans une langue qui reste malgré tout étrangère. La solution de facilité consisterait à signer avec une entreprise de traduction qui paie une misère, mais j’apprécie mon indépendance et essaie de la conserver.

La comptabilité. Heureusement, j’ai assez de rigueur pour m’y plonger sérieusement. Quand on parle de comptabilité, on pense d’abord factures : très rares sont les clients qui paient rapidement et sans rechigner. La qualité se paie. Autres clients, autre situation : ceux qui passent par une trésorerie (les enseignants-chercheurs du supérieur par exemple). N’espérez pas être crédité sur votre compte avant trois mois. Mais la comptabilité ne se résume pas aux factures : quand on travaille avec des clients étrangers il faut s’imprégner des lois en vigueur, comme le montant de la TVA à facturer qui est différent selon les pays, etc. et se tenir informé des évolutions.

Pas vraiment un aspect négatif mais plutôt une envie : le hasard a fait que je suis surtout connue dans le monde universitaire mais aimant les écrits de toutes sortes j’adorerais me diversifier, faire plus de relectures de romans, voire de blogs. Quelque chose de plus littéraire en somme (mais où commence et où s’arrête le littéraire ? vaste question)

FORMATION :

Lecteur-correcteur : il n’existe pas vraiment de diplôme mais plusieurs écoles proposent des formations (non obligatoires) pour se familiariser avec le métier.

Traducteur : la voie royale consiste à avoir au moins une licence en poche (de n’importe quel domaine, le traducteur devant être à même d’en maîtriser un pour comprendre la teneur des textes même très spécialisés en lien et produire des traductions de qualité) et d’entrer ensuite sur concours dans une école d’interprètes et de traducteurs de laquelle si tout se passe bien on ressort avec un diplôme de Master II.

Comme pour nombre de métiers, même si c’est plus flagrant chez ceux qui permettent de s’installer comme indépendant, on trouve des personnes diplômées très compétentes et d’autres qui ne valent pas grand-chose et des non-diplômés qui effectuent un travail excellent alors que d’autres devraient songer à une autre activité. Finalement, c’est la qualité des travaux fournis qui atteste de votre niveau et le bouche-à-oreille qui décidera si vous avez un avenir dans cette branche.

Un début difficile pour trouver les clients, une fin déplaisante pour se faire rémunérer, mais ce qui se trouve entre : un bonheur. Quand on vit de sa passion.

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2 réflexions sur “Témoignage lecteur-correcteur et traducteur

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