Portrait fictif : Leela

Portrait fictif est une série d’articles présentant une fois par mois un personnage féminin de la littérature qui m’a marquée. Je vous y présenterai le personnage dans la saga, quel est mon rapport à ce personnage et enfin pourquoi je pense qu’elle est intéressante à présenter dans cette série d’articles. Pourquoi me concentrer uniquement sur les personnages féminins ? Il existe des personnages masculins tout aussi géniaux, mais souvent quand on cite des personnages, cela va être souvent les personnages masculins qui vont venir à l’esprit. Je veux faire en sorte que l’on pense aussi aux personnages féminins. Enfin, c’est un moyen pour moi de vous faire découvrir autrement mes lectures.

Je m’excuse de ne pas vous avoir partagé d’article la semaine dernière. J’étais malade et la qualité de l’article risquait de ne pas être au top.

9782211228138En juin, je vous proposais de découvrir l’Inde des années 1990 avec Babyji. Une adolescente qui découvrait sa sexualité aussi bien avec des hommes, qu’avec des femmes (surtout avec des femmes.) On reste dans la caste des brahmanes, mais cette fois-ci, je vous propose de remonter un peu plus loin dans le temps jusqu’aux années 20 pour faire la rencontre de Leela. Cette héroïne est un peu particulière, car elle est inspirée de la grand-tante de l’autrice !

J’ai fait la connaissance de Leela dans le roman jeunesse Un sari couleur de boue de Kashmira Sheth. J’aurais pu vous parler de nombreux personnages très marquants, notamment de l’institutrice de Leela. Cependant, je ne voulais pas effacer ce personnage du blog. Leela est fiancée à deux ans, mariée à neuf et devient veuve à douze ans. Dans sa caste, le poids de la tradition est très lourd pour une veuve et pendant un an, elle va se retrouver recluse, le crane rasé et mise à l’écart de la société. En toile de fond, il y a Gros Soma, qui va se marier deux fois et perdre deux fois sa femme. On le console, on s’attriste pour lui, et surtout on ne lui impose rien de tout ce que Leela doit subir.

Parler du mariage des enfants et de la condition féminine à un public jeune est parfois difficile, cependant grâce au personnage de Leela, l’autrice y arrive brillamment. Au début du roman, Leela apparaît comme une adolescente gâtée, heureuse et pleine de vie. Il est difficile de voir sa vie détruite par sa condition de veuve. Cependant, elle a la chance d’être bien entourée et d’avoir des personnes qui lui montrent que sa vie n’est pas finie contrairement à ce que la société pense. Au travers des chapitres, elle devient plus mature, se retrouvant à développer sa pensée et à se battre pour avoir le droit d’étudier. Tout en respectant les traditions, elle va s’en défaire pour pouvoir mener sa vie comme elle entend. Si Leela a beaucoup de chance avec les nombreux soutiens qu’elle a, elle n’en reste pas moins forte et courageuse. C’est grâce à sa force et sa persévérance que le cours de son destin change. Elle a su attraper les mains qu’on lui tendait pour l’aider. Enfin, ce qui fait d’elle un modèle merveilleux pour les lectrices et les lecteurs qui la lisent, c’est que l’on suit sa prise de conscience sur la place des femmes dans la société. Elle comprend que le monde est injuste, elle interroge, elle demande et elle décide de faire changer les traditions.

Ce roman comporte de nombreux personnages féminins tous excellents et bien différents. Ce que j’ai particulièrement apprécié c’est que tous les personnages féminins qui sont développés et ne sont pas juste de passage sont particulièrement bienveillants et généreux. Même si on n’en a pas tout de suite conscience avec certaines. D’ailleurs, les personnages féminins sont nettement plus développés que les personnages masculins. Ce qui est plutôt rare.

Je ne mets pas de citations d’habitude, mais cette fois-ci je voudrais vous partager la dédicace et la préface de ce roman :

« En souvenir de ma grand-tante bien aimée, Maniben Trivedi, qui mena sa vie avec courage et dignité. »

« J’ai passé quelques jours avec ma grand-tante Maniba quand j’avais dix ans. Elle était veuve depuis dix ans et, tout comme Leela, elle portait le chidri et avait le crâne rasé. Je n’ai pas arrêté de me dire qu’elle ne devait pas être beaucoup plus vieille que moi quand elle s’est retrouvée veuve.

Maniba est née en 1888, soit quelques années avant Leela, mais elles ont mené les mêmes combats. C’était une époque où les filles gujaratis allaient à l’école que jusqu’à la fin de la primaire et où les veuves étaient mises à l’écart et ignorée par la société pour le restant de leurs jours. Une fois veuve, Maniba a tout pour convaincre ses parents (mes arrières-grands-parents) de la laisser partir et poursuivre ses études à Ahmedabad. À force de supplications et de dispute, elle y est parvenue. Quel courage extraordinaire il a dû lui falloir ! Après avoir terminé ses études universitaires, elle est revenue dans son village natal de Kapadvanj et est devenue la directrice de la Kanya Shaka, l’école de filles.

[…]

Le récit de Leela est un hommage à Maniba et au nombre incalculable d’enfants veuves qui ont souffert inutilement. »

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