La grande histoire des albums de jeunesse

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Crasse Tignasse a une superbe manucure

La lecture n’est pas réservée à celles et ceux qui savent lire. Le lectorat débute dès le plus jeune âge, quelques mois à peine. Pendant des siècles, le lien entre les plus jeunes et la littérature se faisait à travers les contes, comptines, berceuses, rondes et danses. Avec leur rythme, rimes, mélodies et de courts récits elles proposaient un premier lien avec la littérature. La répétition de ces récits aiguise la mémoire de l’enfant et lui permet d’avoir un premier lien avec le patrimoine culturel littéraire. Aujourd’hui, cette littérature destinée aux plus jeunes est un travail conjoint entre les acteurs et actrices du monde littéraires et les réflexions des professionnels et professionnelles de la petite enfance. L’adulte conteur ou conteuse prêtant sa voix propose à l’enfant un moment de partage, qui n’est non pas vécut comme un apprentissage, mais comme une rencontre.

Pour arriver aux albums tels que nous les connaissons de nos jours, je te propose une remontée dans le temps et notre premier arrêt se fait durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Pour te resituer historiquement, c’est l’époque de Victor Hugo et de la seconde République. Si tu vois à peu près ce qui se passe dans les romans de Zola, tu es dans la bonne époque ! À partir de cette époque, l’illustration va s’intéresser à la littérature jeunesse. En Allemagne, il va avoir Der Struwwelpeter, Crasse-Tignasse du Dr Heinrich Hoffman qui est un livre de comptines illustrées. Et si on va de l’autre côté de la Manche, en Angleterre, on a le mouvement Art and Craft, qui s’oppose à celui d’Art Nouveau en France à la même époque. Ce mouvement propose un nouveau traitement de l’espace et de la page.

Saut dans le temps, nous sommes maintenant au début du vingtième siècle. Un mouvement propose de repenser l’éducation des enfants en ouvrant leurs possibilités intellectuelles et créatives. L’un des représentants de ce mouvement est Père Castor, connu aussi sous le nom de Paul Facher. Avec l’aide d’une équipe de chercheur, il va créer le format de l’album. Pour lui, l’enfant n’est pas un adulte en miniature, mais un être à part entière. À travers ce nouveau format, il veut répondre au besoin d’expérience de l’enfant et lui faire développer ses sens et son esprit. Dans la collection du Père Castor, le texte fait partie intégrante de l’image. Il y a jeu entre l’illustration et le texte. C’est pas juste un texte où l’on met des images. Le texte fait partie intégrante de l’illustration.

Dans les années 70, la machine s’emballe et l’album pour enfant connaît un véritable engouement. On va avoir aussi bien de très bons ouvrages, que de très mauvais. Le monde de l’édition va proposer des livres qui jouent sur les dessins, les thématiques, les mises en pages, etc. Dans tout cela apparaît l’album sans texte. Pour la première fois, l’enfant n’a plus besoin de l’adulte pour avoir accès pleinement à l’œuvre. Par exemple, dans Les aventures d’une petite bulle rouge de Lela Marie, il suit la transformation d’une tache de couleur et peut anticiper la forme qu’elle va prendre : pomme, papillon, etc. L’illustration n’a plus besoin du texte, elle crée le récit a elle seule.

Dix ans plus tard, dans les années 80 pour celles et ceux du font qui ne suivent pas, on prend conscience que les bébés n’ont pas besoin d’être guidés pour apprécier le livre. Au-delà du texte, ils peuvent se débrouiller seuls pour apprécier l’œuvre. Les éditeurs vont alors faire de l’objet livre un objet à la destination des sens des plus jeunes. On va avoir des petits livres carrés en carton doux qu’ils peuvent mettre à la bouche (le livre devient gustative !) et avec lesquels ils peuvent interagir : des trous pour glisser les doigts, des caches à soulever et rabattre, différentes textures, etc.

Pour conclure, on peut dire que les albums jeunesse tels qu’on les connaît aujourd’hui sont nés avec les albums du Père Castor. La littérature jeunesse connaît un certain mépris, les maisons d’édition vont moins payer auteurs, autrices, illustrateurs, illustratices de ces livres. Pourtant certains se révèlent être de vrais œuvres d’art. Benjamin Lacombe, illustrateur français, propose des livres de toute beauté par exemple. La littérature destinée aux tout petits n’hésite pas à parler de thématique difficile tel que le deuil ou même luttant contre les stéréotypes tels que la génialissime maison d’édition Talents Hauts. Les albums jeunesse peuvent aussi aider les enfants à mettre des mots là où il n’en trouve pas. C’est ce que fait La couleur des émotions, un album pop-up qui permet à l’enfant d’apprendre à exprimer ses émotions.

Si les albums jeunesse ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, je dois reconnaître que leur histoire est passionnante.

9 réflexions sur “La grande histoire des albums de jeunesse

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