Zoom sur… l’horreur chez Shirley Jackson

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Quand tu comprends que tu es personnage de Shirley Jackson

Dans cette série d’articles je me concentre sur un roman ou bien une saga, mais dans l’article du jour je souhaite te parler de plusieurs textes de Shirley Jackson : Nous avons toujours vécu au château et La loterie et autres contes noirs. Le premier titre est un roman, tendit que le second est un recueil de nouvelles. Bien que nous sommes dans deux formats bien différents, Shirley Jackson aborde l’horreur de la même manière. Dans ces textes tu n’auras pas de fantastiques, ni de tueurs en série et rien qui pourrait te rappeler Stephen King. Dans ces récits l’autrice nous emmène plutôt dans des petites villes de la belle campagne américaine bien tranquille ou bien confortablement chez-soi. C’est en partie pour cette raison que j’ai choisi de ne pas intégrer La maison hantée, les protagonistes du récit se retrouvent dans une maison dite hantée dans le but d’une expérience pour savoir si c’est vraiment ou non le cas. Dans les récits que j’aborde, les personnages sont chez eux, dans leur ville, dans leur quotidien et… l’horreur n’arrive pas besoin d’arrivée. L’horreur est déjà installée et bien présente.

Dans la pièce Huis-Clos de Sartre, Garcin dit « Tous ces regards qui me mangent… Ha, vous n’êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. Alors, c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru… Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril… Ah ! Quelle plaisanterie. Pas de besoin de gril : l’enfer c’est les autres. » Une citation parfaite qui résumer l’horreur dans l’œuvre de Shirley Jackson. Lorsque la nouvelle La loterie a été publiée pour la première fois dans le New-Yorker, elle a fait scandale, au point que le journal a connu son plus grand nombre d’annulations d’abonnement dans son histoire. Pourquoi tant de scandales ? Eh bien, notre autrice a un style bien particulier, presque journalistique et de nombreux lecteurs pensaient que cet atroce récit était basé sur des faits réels. Entre ceux qui voulaient connaître plus de détails sur cette fameuse loterie et ceux qui étaient choqués par l’idée qu’un tel événement puisse avoir lieu dans leur glorieux pays ! La nouvelle a été publiée le 26 juin 1946 et malgré l’écart temporel, je pense que j’ai tout à fait ressenti la même chose que les lecteurs du New-Yorker.

Les récits ont tous pour particularité de s’ouvrir sur un jour banal, que toi et moi on pourrait aller vivre. Dans Nous avons toujours vécu au château, notre héroïne va faire des courses, dans La loterie c’est jour de fête, dans La bonne épouse un mari attentionné s’inquiète pour sa femme épuisée, tout est beau et innocent. Puis on découvre le vrai visage de nos personnages, de nos héros qui eux ne sont pas innocents, mais leurs voisins ne le sont pas eux non plus. Des petits actes, un peu mesquin, ce que l’on prenait pour de la compassion, un jour de fête, une certaine naïveté se révèle être l’horreur à l’état pur. Les personnages n’ont même pas conscience de ce qu’ils ont déclenché, de ce qu’ils font tant qu’ils n’en sont pas victimes. Ils sont de bonnes personnes, bien intégrer à la société.

Le style de Shirley Jackson a pour particularité de transformer l’horreur en pure banalité. Avec elle une victime suppliant ses bourreaux devient une personne agaçante, parce que franchement, c’est bientôt l’heure du repas, est-ce que tu veux bien te plier à ton destin et nous faire la politesse de mourir dans les temps ? Elle prend les terreurs les plus profondes, les plus banales, les mets à nu et BAM, tu te retrouves devant sans comprendre comment tout cela à pu arriver. Alors cela ne convient pas à tout le monde, parce qu’elle nous raconte le quotidien. L’horreur n’est pas un événement spectaculaire dans son récit, il était déjà là, il a toujours été là et quand tu finis le récit en t’interrogeant sur le sort des personnages tu sais qu’il est encore là. On peut avoir le sentiment qu’il ne se passe pas grand-chose.

Shirley Jackson c’est l’angoisse du quotidien, ta famille, tes voisins, tes proches, toutes ces personnes que tu fréquentes au quotidien, pourront te détruire à tout moment rien qu’avec de l’indifférence. Elle te montre que même dans les petites villes où il fait soi-disant bon vivre tu n’es pas sans danger et parfois, c’est notre propre demeure où se cache le danger. N’ais pas peur des démons ou des tueurs en séries, craint plutôt ton quotidien. L’horreur se cache dans la banalité de ton existence.

Je t’invite vraiment à lire l’œuvre de Shirley Jackson, c’est une autrice qui a marqué l’histoire littéraire américaine et a inspiré des auteurs tels que Stephen King ou encore Neil Gaiman. Personnellement j’aime beaucoup sa manière d’aborder l’horreur, c’est rare que je sois angoissée quand je lis ce genre de roman, mais avec elle cela ne manque jamais.

6 réflexions sur “Zoom sur… l’horreur chez Shirley Jackson

    • Babitty Lapina dit :

      On aura jamais assez de temps pour lire tous les livres que l’on veut ! x) Personnellement j’ai surtout accroché à ses nouvelles qui collent bien à son style. Le roman j’ai eu dû mal à me lancer dedans et une fois lu, bien que l’ayant apprécié, connaître le final a fait que le relire ne me tente pas plus que ça contrairement aux nouvelles.

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