De citoyenne à propriété d’un homme, quand la dystopie nous met en garde

 J’ai pris le livre dans mes mains. « C’est un roman. Tu sais que je ne lis pas de romans. » C’était la vérité : après cinq cents pages d’articles de presse par semaine, je n’avais pas le temps pour la fiction.
« Lis au moins la quatrième de couverture. »
Je l’ai fait. « Ça n’arrivera jamais. Jamais. Les femmes ne toléreront jamais ça. »

Vox de Christina Dalcher

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Cela faisait un moment où je voulais écrire un article sur le droit des femmes dans la littérature. Au début j’étais partie dans l’idée de faire un article présentant plusieurs lectures comme je l’ai fait jusque là avec le prélèvement d’organe dans la littérature, la télé-réalité dans la dystopie ou encore les sorcières de Salem dans la littérature. Toutefois, après mes lectures de la Servante Ecarlate de Magareth Artwood et Vox de Christina Dalcher je me suis rendu compte que j’avais bien assez à dire avec ces deux romans. Dans cet article j’ai donc fait le choix de me concentrer sur la thématique : dystopie et femmes qui perdent leurs droits. Avant d’aller plus loin dans cet article, je tiens à t’avertir, je vais révéler des éléments d’intrigues des deux romans. Au fil des deux romans, on découvre par brefs moments comment les femmes ont perdu leurs droits pour arriver à la situation présente du roman. C’est sur ces éléments que je vais concentrer mon article, donc si tu ne veux pas le découvrir je te conseille de revenir une fois que tu auras lu les romans !

Contextualisons un peu, la Servante Ecarlate est un roman écrit par Margareth Artwood édité en 1985. Le gouvernement a été renversé, remplacé par un groupuscule religieux qui a classé les femmes par « caste » : les Épouses, les femmes des dignitaires, les Marthas qui entretiennent les maisons des Épouses, les Econofemmes les femmes des hommes pauvres, les Tantes qui s’occupent des Servantes et enfin les Servantes des femmes fertiles dont le but est de tomber enceintes pour que les Épouses aient des enfants. Dans ce monde où la fertilité est proche du néant, les Servantes sont des biens précieux. Note bien l’usage du mot bien, elles ne sont pas considérées comme des personnes. Toute femme dissidente ou ne rentrant pas dans une des cases citées est envoyée aux Colonies pour s’occuper des déchets toxiques jusqu’à leurs morts.
Le 15 août 2018 est publié Vox de Christina Dalcher. Autant la Servante Ecarlate est un roman qui n’est pas forcément accessible dû au style de Margareth Artwood, autant Vox est un roman au style plus simple qui peut toucher un public beaucoup plus large et surtout qui malheureusement prend la relève 33 ans plus tard. Dans Vox un groupe religieux prend le pouvoir et impose aux femmes de porter un compte-mots. Elles n’ont pas le droit de dire plus de 100 mots par jour sans subir une impulsion électrique qui va augmentant pour chaque mot allant au-delà de 100. Bien entendu, il est interdit d’utiliser le langage des signes. Les femmes n’ont pas le droit à la parole.

Les deux héroïnes de nos romans ont de nombreux points communs : elles avaient des proches militantes, elles-mêmes n’avaient aucun intérêt à la politique et ne voyaient pas l’intérêt de manifester, toutes deux considéraient que les droits étaient acquis et sûrs, qu’elles ne les perdraient jamais et enfin toutes les deux ont une fille très jeune. Ces deux petites filles sont l’incarnation de la nouvelle génération qui ne connaîtra pas l’époque où les femmes étaient libres. Ces deux romans sont appels à la vigilance et un rappel que les droits des femmes ne sont en réalité jamais acquit. Ils peuvent à tout moment être retirés si l’on ne fait pas attention. Il est très facile de se dire que ce n’est que de la fiction, mais il suffit de voir parfois ce qui se passe à l’étranger, en occident même pour se rendre compte, que non. Les droits des femmes sont en danger.

Dans ces deux univers, le gouvernement se base sur la Bible pour justifier le retrait des droits des femmes. La femme est là pour servir l’homme. Tout va très rapidement, on leur interdit tout d’abord de travailler, puis on leur retire l’accès à leurs finances. Bien entendu, le gouvernement a pleinement conscience des personnes qui tentent de fuir. Ainsi, on retire aux femmes qui le peuvent le droit de voyager. Les femmes sont confinées dans le foyer et ont pour rôle de s’en occuper et d’avoir des enfants. Leur sexualité est bien entendu bridée. Les deux romans mettent en place un univers où la femme n’a aucun droit et c’est bien pire que le dix-neuvième siècle. Historiquement, la pire période pour les femmes c’est le dix-neuvième siècle. Le Code Napoléon est un terrible retour en arrière pour le droit des femmes et ce n’est pas pour rien que c’est lors de ce siècle que naissent les premiers mouvements féministes notamment en France. Si l’égalité homme/femme a été débattue auparavant, notamment à la Révolution Française avec Olympe de Gouge qui a écrit la Déclaration universelle des droits de la femme et de la citoyenne. Dedans, elle déclare notamment : « La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune. »

Et les hommes dans ces univers ? Ils ne sont pas tous d’affreux personnages qui veulent juste soumettre les femmes. Sauf qu’ils ne sont jamais vraiment des alliés. Ils n’arrivent pas vraiment à comprendre ce que les femmes subissent. Et dès l’instant où l’un d’entre eux se révèle être vraiment un allié, j’ai surtout eu l’impression que c’était pour un personnage féminin en particulier. En mode : « moi aussi j’ai une fille/une femme/une mère, vous savez. » Dans Vox, un personnage fait peut-être exception, mais je ne serais pas étonnée d’apprendre que c’est surtout pour aider une femme à qui il tient.

Ces livres sont des avertissements de la possibilité de la perte des droits des femmes. Ce n’est pas parce qu’ils se passent aux États-Unis que cela ne peut pas arriver en Europe, en France. Il ne faut pas non plus paniquer en se disant que l’on va forcément régresser. Il faut rester attentif et agir pour continuer à faire en sorte que la société aille va vers plus d’égalité. Ne culpabilise pas  si tu n’es pas du genre à manifester. Cela passe aussi par la sensibilisation des causes qui te tiennent à cœur, mettre en avant le travail des femmes, etc. Par exemple le mot autrice il y a quelques années j’en entendais à peine parler et maintenant il est de plus en plus présent ! Et n’oublie jamais cette citation de Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ».

Est-ce que tu as lu un de ces deux titres ? Si tu as des livres de fiction à conseiller sur les droits des femmes (pertes, évolution, etc.) n’hésite pas à les partager en commentaire.

19 réflexions sur “De citoyenne à propriété d’un homme, quand la dystopie nous met en garde

  1. aurelalala dit :

    Bonsoir. Article très intéressant bien que je n’ai lu aucun de ces deux livres. Je vais les noter pour peut-être les lire à l’occasion. Je ne suis pas « féministe », je n’aime pas le côté négatif qui y est associé. Je prône l’égalité entre individu sans distinction. Mais en effet, il est quand même bon de rappeler qu’il suffit d’un rien pour que tout bascule. Sans militer, j’essaie de veiller à ce que mes enfants puissent avoir toutes les cartes en main pour voir le monde de manière plus large.
    Je n’ai pas de titre à proposer dans cette thématique qui n’est pas mon genre préféré. Bien sûr, il y a 1984 et Le meilleur des mondes qui sont quand même des classiques où la place de la femme n’est pas en haut de l’échelle. Bien qu’il faille prendre en considération le contexte historique des auteurs.

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    • Babitty Lapina dit :

      Bonsoir ! Merci pour ton commentaire 😀
      Beaucoup de personnes refusent l’étiquette féministe à cause de l’image qui est associée… Ce que je trouve bien dommage, car il y a autant de féminismes qu’il y a de personnes et une féministe est surtout une personne demandant l’égalité entre tous les genres.
      J’aime beaucoup 1984, bien que ça ne soit pas mon préféré d’Orwell, j’ai une préférence pour La ferme des animaux de cet auteur. C’est un roman qui est moins cité, mais que j’étais plus sensible à son message. Le meilleur des mondes est aussi un roman très intéressants !
      Je te recommande vraiment les deux romans de l’article si tu as envie de lire une dystopie 😀

      Aimé par 3 personnes

      • aurelalala dit :

        C’est aussi le côté étiquette qui est déplaisant. 😉. Le fait de ne pas me retrouver dans certains propos me dérange un peu mais clairement si je dois défendre un point de vue, je le fais. Le truc qui me chagrine principalement, c’est qu’on ne tienne parfois pas compte des contextes liés à l’environnement et à l’éducation. Mais je vois ce que tu veux dire. Je serai plus à me dire « humaniste ».
        1984 est une lecture « défi ». Le meilleur des mondes aussi. Mais j’ai La ferme des animaux dans ma PAL, gracieusement offert par ma cousine qui a eu à le lire à l’école. Je prévois de le lire mais quand ? Je me sens totalement dépassée par ma PAL. Puis, ce que j’aime, c’est la romance qui offre vraiment la détente que j’attends quand je lis. Je cale toujours des lectures plus « générales » entre mais je note aussi La ferme des animaux.
        Pour l’instant, je vais me plonger dans une saga fantastique de quatre tomes.
        Merci pour les idées. 😊

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  2. lutinreveurblog dit :

    Article super intéressant. J’ai lu la « Servante écarlate » et c’est un livre qui m’avait marqué. Après quelques lectures, ce sont tout de même des histoires que j’évite car certaines me paraissent tout à fait valable aujourd’hui. Et honnêtement, ça se faisait ressentir sur mon moral donc j’ai évité ce genre de lecture. Je n’ai même envie de regarder l’adaptation télévisée de la Servante écarlate donc c’est dire. D’un autre côté et en y réfléchissant bien je me suis souvent fait la réflexion que les femmes ont toujours vécu dans une dystopie. Pour ma part, j’ai lu « les heures rouges » de Leni Zumas, dans un futur vraiment pas si lointain puisque l’histoire se déroule sous la présidence de Trump (si je me souviens bien). Je n’ai pas eu le courage de terminer « Only ever yours » de Louise O’Neil. Pour le coup, mon anglais était un peu trop rouillé et du coup j’espère une traduction mais le concept de l’histoire est en lui-même assez glaçant. Sinon, ce n’est pas de la dystopie féministe, mais je conseille La parabole du semeur (T1 & 2) d’Octavia Butler qui est une dystopie au sens général mais du point de vue d’une femme afro-américaine qui est au centre de plusieurs type de discriminations.

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  3. Ada dit :

    Super article ! Je connais bien « La Servante écarlate » pour l’avoir lu (mais j’ai pas vu la série, le livre m’a déjà assez fait angoisser comme ça) mais pas « Vox » ! Ca a l’air intéressant en tout cas (même si ce concept de recevoir des charges électriques quand on dépasse les 100 mots… brr). Et tu fais bien de rappeler que nos droits ne sont pas acquis, trop ont tendance à l’oublier, notamment parmi les femmes…

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  4. paradisehunter35 dit :

    Pour ma part, j’ai lu les deux. J’ai beaucoup aimé « la servante écarlate » même si je n’en suis pas sortie indemne. Ce livre est glaçant. du coup je ne sais pas si je suis heureuse ou non de la suite qui doit sortir…
    Pour « Vox », j’ai été très déçue. J’en avais fait une brève critique sur mon blog « Chasseuse de rêves » : https://chasseusedereve.wordpress.com/2019/09/11/vox-quand-parler-tue/

    En tout cas il faut les lire parce que nos droits durement acquis ne sont pas éternels. Il faut être vigilante.

    C’est bien de parler du code napoléonien où la femme était considérée comme une mineur à vie ! Et cette vision en France est très présente. Quand on pense que les femmes françaises ont pu avoir un compte bancaire sans l’aval de leur mari qu’à la fin des années 60, c’est incroyable. La France est un pays très patriarcal. Nos droits sont très jeunes contrairement à ce que peuvent dire certains.
    Le militantisme passe par la parole. S’affirmer en tant qu’être humain est la plus belle des rébellion.

    En conseil, je vous donne non pas un roman mais un vrai projet de loi datant de 1801 : »Défense d’apprendre à lire aux femmes ». Je sais c’est vieux mais malheureusement, il a des relents très actuels. A lire. Un petit aperçu dans l’article que je lui avais consacré : https://chasseusedereve.wordpress.com/2019/09/10/defense-dapprendre-a-lire-aux-femmes/

    Merci pour et article.

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    • Babitty Lapina dit :

      Je suis heureuse que la suite de la Servante écarlate sorte, car le roman m’avait frustré dans la construction de l’univers. J’avais l’impression qu’il manquait quelque chose, comme si on me donnait qu’une partie de l’histoire.

      Oui, on a tendance à oublier que les droits des femmes en France sont tout récents. D’un côté c’est rassurant, parce que si on regarde en arrière, on peut voir l’énorme avancée que l’on a fait, de l’autre c’est un peu déprimant, parce que beaucoup considèrent que vu que toutes les avancées qu’on a fait : c’est bon, c’est terminé.

      C’est super intéressant ton article sur le projet de loi de 1801, c’est vraiment terrifiant !

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      • paradisehunter35 dit :

        Moi aussi j’avais été frustrée en lisant « La servante écarlate ». Artwood a tendance à laisser trop de zones d’ombre dans ses récits. J’ai lu un autre de ces romans (je ne sais plus le titre), qui m’a donné le même sentiment.
        Elle développe un univers mais n’en définit jamais réellement les contours et laisse de grandes ombres d’ombre.
        A voir si ce nouveau tome garde cet aspect où si comme j’ai pu le lire donne des réponses.

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        • Babitty Lapina dit :

          Cela dépend de ses romans, je trouve que Captive n’a pas trop ce défaut ou bien dans son roman C’est le coeur qui lâche en dernier, c’est aussi pas mal développer l’univers. Je n’ai pas encore lu son recueil de nouvelles, mais j’ai l’impression que son style a évolué !

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