Zoom sur Alice aux pays des merveilles, un conte où l’absurde est logique

Dans mon précédent article, je t’ai parlé de l’adaptation de Disney du conte Alice aux pays des merveilles et de sa suite De l’autre côté du miroirs. Adaptation que je ne trouve pas géniale, car elle retire l’ensemble du sens même de l’œuvre pour résumer. Néanmoins, je pense que la popularité moderne de ces contes est en partie due au dessin animé. J’ai fortement l’impression que beaucoup de personnes apprécient le pays des merveilles et ses références sans pour autant avoir lu les contes. Si c’est ton cas, je t’invite vraiment à le lire, car ces deux contes sont des bijoux littéraires.

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Le premier conte s’ouvre sur un poème où Lewis Caroll se met lui-même en scène en tant que narrateur. Il est sur une barque en compagnie de trois petites filles, souhaitant qu’il raconte une histoire. Le second conte quant à lui se conclut sur les trois enfants qui écoutent, mais aussi sur l’annonce qu’un récit perdure à travers le temps et qu’il est raconté à d’autres enfants. Ces deux poèmes racontent la genèse, puis l’évolution des deux contes. Dans son Journal d’abord, Lewis Caroll écrit à la date du 4 juillet 1862 être parti en expédition avec un ami et les trois sœurs Liddell. Dont Alice qui va devenir notre héroïne. À sa demande, il va mettre le récit sur papier et le faire illustrer. Le second conte s’ouvre sur un poème indiquant que ce conte est destiné à Alice, et ce « malgré la distance entre nous » et le temps qui a passé depuis qu’il a raconté son premier conte.

Lewis Caroll était un mathématicien. On retrouve cette logique scientifique dans son œuvre, notamment avec ce jeu autour du langage et du discours. Ce sont des contes qui sont intéressants de lire enfant et ensuite adulte. Enfant, nous sommes plus attirés par l’univers étrange, qui peut sembler absurde et amusant. Adulte au contraire, je me suis retrouvée à trouvée non plus le pays des merveilles étrange, pour moi c’était Alice qui l’était ! Ces deux contes sont la vision d’un enfant face à la société. Société qu’il ne comprend pas toujours et surtout où il est pour la première fois au centre ! En effet, les personnages s’intéressent à Alice et l’acceptent toujours, même si certains la rejettent dans un premier temps. Ils la questionnent sur ses leçons, sur ce qu’elle sait et l’oblige à la fois à réfléchir par elle-même et parfois écouter. Alice est un personnage qui est tiraillé entre les bonnes manières qu’on lui a inculquées, son agacement que les personnages de ce monde étrange ne les suivent pas et une vive curiosité de ce monde.

Malgré une publication difficile, notamment due à une relation tendue avec l’illustrateur, les deux contes connurent une grande popularité et marquèrent l’Histoire de la littérature jeunesse. Aujourd’hui ils sont encore très populaires, bien que j’ai le sentiment que De l’autre côté du miroirs est quelque peu oublié… Probablement dû aux nombreuses adaptations qui mettent avant tout en scène quelques personnages clefs : Alice elle-même, le Chat du comté Chester (le Chat du Cheshire), le Chapelier Fou (mais on oublie ses compagnons le Lièvre de Mars et Le Loire), la Reine de Cœur et enfin, un peu moins populaire tout de même, le Lapin Blanc. Tous sont issus d’Alice aux pays des merveilles, parfois Bonnet Blanc et Blanc Bonnet venant du second conte sont présents, mais c’est rare. Les adaptations se concentrent souvent sur le basculement d’un monde que le héros juge normal vers un monde où les repères qu’il connaît sont brouillés et n’existent plus. Je ne suis pas une grande adepte de dire que c’est de la folie.

Pour revenir sur cette folie, très peu de personnages se désignent ainsi. C’est surtout le Chat de Cheshire qui désigne le monde ainsi. Quant au Chapelier Fou, le Lièvre de Mars et le Loire eh bien, cela fait un bon moment qu’ils sont coincés à l’heure du thé pour avoir vexer le Temps. Le Chat de Cheshire semble être le plus raisonnable, mais porte surtout un regard désillusionné sur son monde et aurait sans aucun doute les mêmes remarques sur notre monde. Lewis ne nous permet jamais vraiment d’appréhender les règles de son monde. C’est pour cette raison qu’on est toujours, à l’instar d’Alice, quelque peu perdue. En littérature, l’introduction d’un élément merveilleux se fait toujours accompagner de règles, d’une cause et d’une conséquence. Dans les univers de fantasy, la magie a des règles très précises. On sait assez rapidement comment tout ça fonctionne. Là, on a des éléments qui apparaissent ici et là, quand les personnages daignent d’expliquer cela semble tout à fait logique. Sauf que l’on ne prend jamais le temps de le faire, alors nous ne pouvons pas comprendre les règles de ce monde.

Et toi, est-ce que tu as lu ce conte ? Que ça soit le cas ou non, qu’est-ce que tu en penses ?

14 réflexions sur “Zoom sur Alice aux pays des merveilles, un conte où l’absurde est logique

  1. La Dame au lis dit :

    Lu, et relu, et travaillé. J’ai accompagné la marque Comme des tisanes a créé des infusions sur ce mythe contemporain. J’en parle aussi dans ma thèse, notamment en citant David Lebreton, qui parle des symboles de la potion Drink me, dans son livre, Les Saveurs du monde.
    On y trouve toujours des merveilles ( pun intended ) !

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    • Babitty Lapina dit :

      Tu as fait ta thèse sur quel sujet ? 🙂 C’est génial d’avoir travaillé avec une marque pour créé des infusions autour de ces contes ! Je ne la connaissais pas, elle a l’air drôlement sympa, mais pas dans mes moyens pour que je la découvre TT . TT
      Tu te souviens ce que dit David Lebreton sur Drink me ? 🙂

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      • La Dame au lis dit :

        Je réponds un peu tardivement. Désolée. Ma thèse est sur les histoires des plantes médicinales.
        Voilà la citation de David Lebreton : « Quand Alice dit du contenu d’une petite bouteille qu’elle « avait tout à la fois du goût de tarte à la cerise, de crème, d’ananas, de dinde rôtie, de délices d’un repas de Noël en une seule gorgée », elle traduit la dimension largement subjective des saveurs qu’elle associe au plaisir et à la rareté. » ( La saveur du monde, Métailié, 2006, p.334)
        Bonne année ✨

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  2. Angelakoala dit :

    Le fait d’avoir de temps à autres des explications des personnages qui leur paraissent tout à fait logique mais pas à nous c’est vraiment ça le sentiment dont je me souviens. Cet agacement qu’ils ont tous quand Alice ne comprend pas ou pose des questions. Ca me fait un peu penser d’ailleurs au « pourquoi » des enfants qui ont parfois des réponses d’adultes « parce que c’est comme ça » mais qui pour eux n’est pas logique. Par contre autant dans le dessin animé que dans le premier conte je trouve Alice très agaçante/insolente et au bout d’un moment ça m’avait un peu dérangé.

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  3. Mallou14 dit :

    Mon conte favori ❤ Pourtant, quand j'étais plus jeune, j'aimais bien mais je n'y comprenais pas grand chose en fait. J'ai lu le livre en anglais la première fois en étant adulte et j'ai détesté, Alice était capricieuse et pénible. Puis je l'ai relu mais en français cette fois et là, j'ai adoré ! J'ai mieux compris la psychologie d'Alice, qui illustre bien l'enfance, la curiosité mais aussi le respect de ce qu'on lui a inculqué. Les univers absurdes dans ce style me plaisent beaucoup !

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