Les guerrières dans la littérature – partie 2

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Créateur : Stjepan Sejic

Si la littérature est remplie autant de clichés, c’est parce que l’on écrit en se nourrissant de nos propres lectures et connaissances littéraires. On va écrire en accord ou en opposition à telle ou telle œuvre de manière plus ou moins consciente. Bien souvent dans un salon littéraire, on m’a vendu tel livre un peu comme Tolkien, un univers à la Tim Burton ou bien un humour à la Terry Pratchett. Je tiens à faire remarquer que c’est souvent des hommes que l’on cite d’ailleurs comme modèle. Nos guerrières littéraires ne font pas exceptions et elles sont bien souvent un mélange de différents clichés, de topos littéraires. On a donc :

– la femme travestie
– la femme laide qui rejette toute forme de féminité ou bien au contraire magnifique et sexy
– la femme puissante, mais qui soit doit sans cesse faire ses preuves, soit reste en retrait par rapport au héros, voir est dépassé par lui, alors que jusque là, elle était la plus puissante
– le peuple de femmes guerrières où les hommes sont absents

On pourrait tout à fait soulever d’autres clichés littéraires, mais je trouve que c’est de ces topos littéraires découlent la plupart des guerrières que l’on découvre. Parfois elle n’en sont qu’un, parfois deux, voire trois, elles sont plus ou moins nuancées.

La femme travestie, on pense évidemment à Mulan. Avant d’être une héroïne D

isney, Mulan était le personnage d’une balade chinoise. Elle prend la place de son père malade dans l’armée et va combattre pendant douze ans en se faisant passer pour un homme. A la fin de la guerre, elle ne demande qu’un cheval pour rentrer chez elle. Une fois de retour, elle reprend ses habits de ses femmes et sa place de femme dans la société. Il en ira de même pour Eowyn dans le Seigneur des anneaux de Tolkien. Elle se travestie pour participer à la bataille des Champs du Pelennor. Avec Merry, elle va tuer le Roi-sorcier d’Angmar, mais finalement va abandonner ses rêves de guerrières pour devenir une guérisseuse. La révélation de la vraie identité et la fin du travestissement, annonce un retour à l’ordre. La femme, même si elle a fait ses preuves, doit redevenir une femme. On va alors insister sur sa beauté. Ainsi dans certaines versions Mulan se vit plusieurs fois proposé de devenir la concubine de l’Empereur et finira par se suicider à l’aide s on épée. Eowyn connaît un destin moins tragique, mais on ne sait pas vraiment si c’est vraiment par choix qu’elle abandonne la carrière de guerrière ou par obligation. Terry Pratchett souligne ce point de manière très intéressante dans le Régiment monstrueux. Margot qui s’engage dans l’armée prend rapidement conscience que tout ces frères d’armes dans la troupe sont des sœurs d’armes et que les plus hauts gradés sont… des femmes qui le découvrent entre elles ! On arrive à ce point où les femmes ont investie l’armée et pas craintes d’être renvoyées, découvrent par hasard que quasi tous les haus gradés sont des femmes travesties !

Les femmes laides ont au moins l’avantage d’être laissé tranquille. La guerrière est en effet bien souvent jaugée à sa beauté. Soit nous avons la femme qui est décrite comme laide et comme masculine, soit au contraire nous aurons la femme sexy, dont l’armure s’approche plus du bikini. Pour la première, nous aurons ainsi des figures tel que Brienne de Thorne dans le Trône de Fer ou encore Chien de Heaume de Juliette Niogret. On insiste sur le fait qu’elles ne sont pas belles et en quelques sortes c’est ça qui leur à permis d’échapper à leur rôle de femme dans la société. Chien de Heaume a aussi pour particularité de manier une hache qui est une arme lourde et plus jugée masculine. Ces personnages existent aussi à travers le regard des hommes, on sait qu’elles sont vierges, alors que bon cela n’apporte aucun intérêt. Mais cette idée de virginité se trouvait déjà avec Athéna. Elles n’intéressent pas les hommes, elles sont un peu considérées comme l’une des leurs, mais pas vraiment non plus. Si elles se considèrent et se voient comme des femmes, ce n’est pas le cas du reste de la société. Au final cet absence de beauté leur permet une certaine liberté et elles peuvent prendre les armes. Même si régulièrement on se fait un plaisir de leur rappeler qu’au fond, leur vraie place ce n’est pas sur le champs de bataille. Ainsi quand, on cherche à les humilier, on les ramène à leur statut de femmes. Roose Bolton impose à Brienne de combattre un ours vêtue d’une robe et armée d’une épée de bois…

La femme sexy est-elle mieux acceptée sur le champs de bataille ? Comics et mangas et toute œuvres graphiques auraient tendance à nous laisser penser que c’est le cas. La femme est mise en scène dans toute sa splendeur, elle est puissante, mais elle est surtout dénudée. Red Sonja, apparaît pour la première fois dans le comics Conan le Barbare est a pour armure un bikini de métal. Mais pas d’inquiétude, tant qu’elle n’a pas de relations sexuelle avec un homme qui l’a battu à la loyal, elle continue de posséder une capacité surnaturelle de combat à l’épée. La guerrière représente ici un défis pour les hommes, elle est la femme qui doit être dominée et soumise. Et puis tout simplement Wonder Woman dont la tenue se rapproche plus du body que d’une véritable amure. Les mangas ne sont pas exempts de tenue beaucoup trop ridicule pour les femmes, dans Fairy Tales, Erza Scarlett a une multitudes d’armures. Certaines sont certes couvrantes, mais d’autres permettent surtout au manga à ne pas être censuré. La guerrière sexy se retrouve surtout dans les œuvres graphiques, elle n’a aucun intérêt dans la littérature où le lectorat imagine le personnage. Une image par bien plus qu’une phrase telle que « l’héroïne vêtue d’un bikini de métal ». On est vraiment dans l’idée de proposer une vision qui plaît au regard masculin. Cette vision est toutefois détournée et moquée de bien des manières. L’artiste Stjepan Sejic avait proposé une explication comme quoi les pouvoirs féminins secret de l’utérus empêchés les femmes d’être touchées là où il n’y avait pas d’armure, notamment sur l’abdomen. Mais soyons honnête, une armure qui ne protège pas les points vitaux est inutile. La femme sexy n’a pas lieu d’être. Et d’ailleurs, elle est bien trop souvent sauvés par le grand héros qui aura le droit à un remerciement tout particulier.

12 réflexions sur “Les guerrières dans la littérature – partie 2

  1. L'ourse bibliophile dit :

    Très agréable à lire en plus ! J’avoue que j’ai lu peu de livres avec une héroïne guerrière (ou il ne me revienne pas en tête), mais ces poncifs m’agacent quand je les voie en film ou en roman graphique. La guerrière moche que l’on qualifiera de « masculine » ou la bombasse si peu vêtue que ce n’est absolument pas crédible… comme les aventurières qui partent dans la jungle en mini short et brassière (alors que, quand toi tu veux partir dans nos forêts occidentales l’été, on te dit déjà de te couvrir à cause des tiques…).
    Vivement demain !
    (Il faut vraiment que je prenne le temps de lire ton article sur Mulan !)

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  2. Ada dit :

    Très bonne analyse ! En effet, je pensais à Erza dans Fairy Tail pour les dérives pour plaire au regard masculin. Ca en est ridicule…

    Je ne me remettrai jamais de la vraie histoire de Mulan, snif. Eowyn, c’est vraiment triste aussi, alors qu’elle vaut mieux que la majorité des hommes du « Seigneur des Anneaux »… Je l’avais adoré, et savoir ça… Quel gâchis.

    C’est peut-être un peu facile mais vas-tu parler de Jeanne d’Arc ? Un personnage réel, mythologique par son histoire, mais qui est utilisé dans certaines fictions.

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    • Babitty Lapina dit :

      Merci ! 😀

      Erza a des tenues très cool, mais certaines sont… eh bien, elles veulent tout dire ! Pour Eowin et Mulan c’est un peu le même combat. Elles valent bien mieux que les hommes, sont de très bons soldats et pourtant elles retournent à la place qu’on attend d’elles…

      Bon tu as lu la troisième partie, mais non je n’ai pas parlé de Jeanne d’Arc, car je voulais me concentrer sur des figures générales (exceptés les déesses) et surtout je n’ai jamais rien lu sur Jeanne d’Arc. J’ai bien lu le roman de Jeanne, mais c’est une réécriture SF qui a une vague référence à Jeanne d’Arc. Néanmoins ça serait super intéressant de voir comment elle est traitée d’un point de vue littéraire !

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