Interview Christopher Evrard, auteur auto-édité de dark fantasy

Christopher Evrard est un auteur autoédité qui publie sa saga de dark fantasy les Royaumes démoniaques. L’une des particularités très sympathiques de ses romans c’est qu’ils sont illustrés ! Une vraie plus-value dans l’univers de fantasy où personnellement j’adore quand je peux avoir un aspect visuel du monde dans lequel je me plonge. Au moment de l’écriture de cet article, il est en plein financement du troisième roman de sa saga avec une campagne Ulule que tu peux retrouver en cliquant ici. J’ai donc profité de cette occasion pour lui poser quelques questions sur la vie d’un auteur autoédité.

Illustration de Thomas Bourdon

Pourquoi avoir fait le choix de l’auto-édition ?

Ce n’était pas un choix d’office, je voulais être édité dans une maison pour me donner le plus de chance possible quant à mon projet. Cependant, les maisons ne m’ont pas sélectionnée. Au bout d’une dizaine de refus, j’ai dit « fuck it, je crois en mon truc, j’aime (sincèrement) ce que je fais, je trouve qu’il est de bonne qualité, donc go auto-édition ». Aujourd’hui je voudrais toujours être dans une maison, mais à force d’avoir gouté à la liberté qu’offre l’auto édition, faudrait qu’une maison m’offre un bon deal pour que je switch. Par exemple continuer à me laisser faire comme je fais actuellement (illustration, couverture, contenu du livre, etc.), mais aussi qu’ils aient un bon distributeur et une bonne promo.

Ce passage à l’auto-édition a par conséquent un coût financier que tu dois assumer (illustration, couverture), étant donné que tu fais appel à des illustrateurs entre autres. Tu l’évoques dans ton article sur le comics con, néanmoins c’est un sujet que l’on évoque peu, peux-tu expliquer un peu combien coûte l’auto-édition pour un auteur ? Aussi bien financièrement, qu’en temps ou autre coût ?

En effet, c’est un vrai coût. Mon Ulule en cours par exemple, mon objectif est de 2500 €. En comptant la fabrication de tous les objets (livres, goodies) et les frais de port, ainsi que la part ulule bien entendu, je rembourserais à peine l’investissement. Ça vous donne un ordre d’idée de la chose.

Je ne donne pas de chiffre précis, car je ne sais pas si mes collaborateurs seraient OK que je dévoile mes coûts.

Je finance tout cela principalement parce que j’ai ma pension de personne handicapée (je suis autiste asperger). Un peu de chance dans mon malheur dira-t-on.

Après, tout ça c’est mon choix et mon projet, un livre plus classique ne couterait pas autant, que ce soit par la taille de l’ouvrage (correction et maquette moins chère) ou mon choix de mettre un grand nombre d’illustrations dans l’ouvrage (donc juste la couverture à financer). Pas mal d’auteurs autoédités tentent de se corriger eux-mêmes d’ailleurs, pareil pour la mise en page, je n’ai pas fait ce choix, car je veux qu’il soit impec et moi, j’ai juste pas le niveau pour tenir une ortho parfaite sur 400 ou 600 pages, ni toutes les connaissances pour tout ajuster quant à la présentation du livre, je préfère passer par des personnes qualifiées.

L’auto-édition a un vrai coût financier du coup, en tant qu’auteur autoédité, dois-tu faire face à d’autres difficultés ?

La promotion, et le fait de débarquer en tant qu’inconnu au bataillon.
C’est d’autant plus difficile avec mon handicap, du coup j’ai choisi d’avoir recours à une autre personne, abbygreen, qui est ma chargée de com. Elle fait le travail de gros vis à vis de la com et la pub, par exemple, elle contacte des librairies pour établir lepremier contact et briser la glace, ensuite je prends le relais. Elle fait aussi tous mes posts sur mes réseaux sociaux, car elle est plus… « joviale » dirons nous. Je ne suis pas à l’aise pour faire la promo de mon ouvrage, trouver des idées de post sympa, etc. Je suis aussi parfois un peu maladroit quand je m’exprime (autre que dans mes livres).

Pour reprendre le ulule, elle a été l’architecte d’une bonne partie de la chose, elle a écrit la majorité des textes, fait les petites images sympas, etc. Sans elle je serais pas mal dans la galère pour plein de trucs.

Convaincre des clients, un lectorat, c’est pour moi le plus difficile.

Par exemple nous deux, si je ne m’abuse, c’est Manon de « Vibration Littéraires » qui nous a plus ou moins mis en contact. J’ai plusieurs lecteurs et fans ça et là qui font beaucoup pour moi et m’aident énormément sur l’aspect « social » de la profession. C’est inestimable pour moi.

Abbygreen c’est ta compagne ? Elle joue donc un rôle important dans la publication de ta saga.

Non, ma compagne c’est Myriam, elle joue aussi un rôle essentiel, mais elle c’est plutôt au quotidien. Abby c’est une amie que j’ai rencontrée par hasard en lui envoyant mon livre en service presse. Le courant est très bien passé et maintenant elle s’occupe de ma com ^^

Du coup tu as réussi à créer une communauté autour de tes livres assez rapidement alors que le tome 3 est en financement, c’est impressionnant ! Ce n’est pas trop compliqué pour toi à gérer ?

Oulah, je ne sais pas si on peut parler de communauté. Honnêtement j’en doute. Je pense que j’ai quelques personnes qui zieutent mes publications avec intérêts, certes, mais ils doivent pas être nombreux encore je pense. Je n’ai même pas de chiffres en tête à donner. Je suis personne pour le moment, juste un autre auteur parmi la masse de millions qu’il y a déjà.

C’est vrai qu’on s’approche de 1000 € pour le ulule alors qu’il reste encore 35 jours (ou quelque chose comme ça), mais je t’assure que moi je suis terrifié, je flippe énormément à l’idée que ça n’atteigne pas l’objectif ! Je me retiens de faire f5 toutes les 10 minutes – rires –

C’est pas compliqué à gérer, dans le sens où je continue à faire comme avant. Je publie mes trucs, je continue d’écrire mes livres, et je me contente d’aller vers l’avant en priant que ça marche. C’était comme ça au tout début, et je pense que je vais continuer comme ça jusqu’au bout. Le seul truc qui change c’est que je ne veux pas décevoir ceux qui ont apprécié les ouvrages précédents, et l’angoisse qu’un jour je ne puisse plus publier mes livres (genre qu’une autre connerie comme le covid ne survienne, ce serait bien qu’il se barre d’ailleurs).

Les salons ont été un gros plus pour toucher de nouveau lecteur, et c’est en grande partie du à ça que j’ai du faire un financement participatif, pas de salons = gros manque à gagner. Sans le covid je n’aurais probablement pas eu besoin de faire de ulule.

Surtout que tu as fait le choix d’un roman illustré, c’est plus facile d’attirer le chaland en salon qu’en ulule ! D’ailleurs pourquoi ce choix du roman illustré ?

C’est clair que quand les gens voient les gros dessins a3 derrière moi et Myriam (car elle m’accompagne à tous les salons) ça fait son effet et ça attire l’œil. Les gens veulent venir voir de plus près, et feuilleter le classeur avec tous les dessins du livre.

Plus jeune, j’étais à 2000 % dans Warhammer, probablement que vous avez déjà entendu parler de ces jeux de figurines. J’ai du dépenser je ne sais combien là-dedans ^^

Quand tu as le livre de règle, ou les livres d’armées, ils étaient tous illustrés de partout. Tu en prenais plein la vue. Genre ça parlait d’un canon nain, tu avais l’image du canon en train d’armer la machine de guerre, un texte expliquant l’histoire du truc, et les règles pour le jouer. C’est tellement classe. Et c’était le cas pour tout. Un seigneur elfe, un démon majeur, un orc chevaucheur de sanglier, et j’en passe.

Je voulais un livre qui avait autant de classe que ça, et le faire illustrer était la meilleure chose à faire. L’idée m’est venue très tôt dans mon parcours, et je compte le faire autant que possible. Ça rajoute une plus-value, et c’est tellement plus immersif… moi je suis fan. Et apparemment mes lecteurs aussi. Surtout que j’ai pu trouver d’excellents dessinateurs qui ont les mêmes goûts que moi, et en plus adorent bosser sur mon roman.

Je me souviens de thomas, mon dessinateur, qui disait « un champ de bataille, un ondin, et une tête gigantesque de démon dans les nuages, faut pas m’en dire plus, j’suis déjà en train de bosser dessus »

Je précise aussi que tous les dessins dans les livres sont des scènes du livre en question. C’est pas juste un truc comme ça, c’est ce qui se passe dans le texte.

Illustration de Jenny Burgy

Et du coup, comment as-tu sélectionné les scènes à illustrer ?

C’est au coup de cœur, simplement. C’est un choix difficile, des fois faut que je réfléchisse auxquelles je vais prendre, car je peux pas tout illustrer (si je pouvais y aurait genre 50 dessins par livre – rires -). À chaque fois c’est cornélien et crève-cœur… mais bon, pas le choix.

Parfois c’est des scènes qui me semblent trop importantes pour ne pas avoir de dessins, parfois c’est juste parce que ce serait trop classe visuellement de voir ça, à d’autres moments je dois aussi choisir d’autres scènes à dessiner parce que dans le livre y en a déjà eu une peu avant, j’essaye de garder un certain rythme, en général on peut compter une illustration toutes les 20-30 pages à peu près.

En général j’essaye qu’il y ait de tout aussi. Des scènes épiques, d’autres des bagarres, d’autres des portraits de personnages clés, d’autres fois c’est symbolique et ça illustre un développement clé dans l’histoire.

Les scènes doivent être plutôt impressionnantes étant donné que tu écris dans un univers de dark fantasy, quelles sont tes références et tes sources d’inspirations pour écrire cet univers ?

On essaye que ça soit bien stylé oui.

C’est une question qu’on me pose souvent concernant mes inspirations, et malheureusement à chaque fois je ne peux répondre qu’en disant « ça me vient tout seul ». En fait les idées viennent naturellement dans ma tête, et puis avec cet amas d’idée, je sculpte des choses çà et là pour que ça soit cohérent et que cela soit agréable à suivre. Il y a aussi ma vie, ce que j’ai vu et vécu, forcément ceux qui me connaissent verront pas mal de choses de moi dedans. Cela dit ce n’est pas juste un écho de ma personne (ce serait nul sinon), c’est juste des notes ça et là, relativement subtiles au final.

Le seul truc où je m’inspire vraiment ailleurs, notamment via la musique, ou d’autres œuvres de fiction, c’est pour créer une ambiance, une tension, une atmosphère. C’est capital quand on écrit de pouvoir créer une ambiance, et beaucoup n’y arrivent pas je trouve.

La clé dans la création d’une atmosphère c’est le rapport entre l’œuvre, et le lecteur, par exemple si on fait un film d’horreur, ou un thriller, il faut sentir la terreur, l’angoisse, l’inconnu, le mystère. Tu peux pas juste montrer le monstre ou l’assassin et voilà, il faut par exemple écrire l’anxiété d’un personnage sur le point de passer une porte, ou le mouvement des rideaux, car quelqu’un a laissé la fenêtre ouverte et on ne sait pas si quelqu’un (ou quelque chose) est rentré dans le logement. Travailler l’ambiance est un processus long, qui demande de la finesse et de la justesse dans le ton. Dans mon cas, j’avoue que perso moi ma référence ultime c’est le manga berserk, il parvient à traiter l’angoisse, le courage, l’adversité et la lourdeur de l’univers à la perfection. Il arrive à toujours tenir en haleine, à impressionner, et donner des touches de douceurs aux moments adéquats, c’est un chef d’œuvre.

Je te remercie d’avoir pris le temps de répondre à mes questions, en dehors de ta campagne ulule, où peut-on retrouver tes romans?

Sur Amazon, et quelques rares librairies où j’ai pu mettre mes livres en dépôt-vente (je pense notamment à la librairie « de plume et d’épée » près de Lyon).

Sinon je suis dans des salons quand ils sont pas annulés, ce décembre je serais au « winter geek » à Mons en Belgique, avec notamment le tome 3. Je suis aussi présent à divers salons virtuels sur discord, comme virtua livres.

Encore un grand merci à Christopher Ervard d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Tu peux le retrouver sur son blog et trouver ses romans sur Amazon.

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